Projet Régional de Santé (PRS), le coup de sang du Département

Le Projet Régional de Santé 2018-2022 élaboré par l’Agence Régionale de Santé (ARS) constitue « l’outil majeur de planification et régulation de la politique de santé dans la région ». Or, la Région Bourgogne-Franche-Comté a émis un avis défavorable à l’unanimité le 11 avril 2018. Ce lundi 23 avril 2018, durant la séance plénière spéciale présidée par Clément Pernot, le Conseil départemental du Jura s’est également exprimé défavorablement, enregistrant deux abstentions. Éclairages sur un dossier qui n’a rien d’une promenade de santé…

Les Élus jurassiens se sont frottés les yeux, ne croyant pas à tout ce qu’ils découvraient au fil du millier de pages produites par les techniciens de l’ARS, peu ou prou en relation avec les (dures) réalités de terrains ; particulièrement ceux ruraux et montagnards.

Des défis certes à relever mais surtout en campagne comme en montagne.
La Commission a rédigé une synthèse remise aux Conseillers départementaux, le document reprenant les grandes lignes du PRS. Celles-ci ne peuvent qu’être partagées, par exemple en ce qui concerne les défis à relever : vieillissement de la population, montée des maladies chroniques, défi de la santé mentale et psychiatrie, déficit de professionnels de la santé, défi environnemental (qualité de l’eau, habitat…).

Grosso modo, on peut considérer que ces « défis » sont communs aux sociétés occidentales dites « post-modernes » mais lesdits défis prennent de l’intensité en zones rurales et montagnardes.

Là où les déplacements sont longs (notamment en hiver) ; là où, justement, la médecine et les soins de proximité sont vitaux. Vitaux pour tous les habitants (du nourrisson au 3ème âge, à domicile ou non) et tous les candidats à l’installation.

En effet, le Schéma Régional de Santé (SRS) développe les objectifs définis dans le Cadre d’Orientation Stratégique (COS), lui-même premier étage de la fusée (sic) du PRS. Pour s’orienter dans ce maquis, il faut être aguerri et ceci est valable pour ses propres concepteurs dont on espère qu’ils cultivent le sens de l’orientation…

« Nous voulons co-construire un projet de santé pour nos territoires ». Toujours est-il qu’il convient de noter une première remarque : le rôle du Conseil départemental est quasiment occulté du PRS. Or, celui-ci semble profiler pour glisser du sanitaire (compétence régalienne de l’État) au médicosocial (compétence du Département).
Clément Pernot, Président du Département du Jura, est pour le moins surpris par le contenu de ce volumineux document qui traite de tout sans amener de réelles propositions et sources financières. Alertant sur « des inégalités sanitaires terribles » à venir, le Président commente : « on attendait vraiment beaucoup plus d’un PRS et nous sommes là pour interpeller l’ARS et l’inciter à revenir discuter ».

Les Élus territoriaux se demandent aujourd’hui si on ne va pas les accuser de faire la sale besogne c’est-à-dire scénariser, organiser, planifier l’abandon progressif des territoires ruraux. « Le rouleau compresseur continue d’avancer », a prévenu le Président Pernot.

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  • côté Sénat : Sylvie Vermeillet a interpellé la Ministre de la Santé, Agnès Buzyn, ladite Ministre indiquant que Pierre Tribille, Directeur de l’ARS BFC, était à la disposition des Élus jurassiens. Clément Pernot a noté « une sorte de mépris dans le contenu » de la réponse ministérielle.
  • côté Pompiers : les sapeurs-pompiers volontaires sont de plus en plus sollicités et ce phénomène connaîtra une croissance exponentielle. Au rythme de la réduction (bientôt comme peau de chagrin) de l’offre de Santé : moins de médecins généralistes, moins de services hospitaliers… Les pompiers effectuent des transports de plus en plus longs avec des exemples récents vécus sur la région sanclaudienne. Clément Pernot, Président du SDIS (Service Départemental d’Incendie et de Secours), a indiqué qu’il avait fallu embaucher récemment trois pompiers professionnels à Salins-les-Bains.
  • côté… extrapolation : tout citoyen habitant en zone rurale peut aujourd’hui, et cela légitimement, poser une question au Gouvernement : n’y a-t-il pas mise en danger de la vie d’autrui lorsque l’accès aux soins n’est pas assuré « dans des délais raisonnables » comme le stipule, par exemple, la loi Montagne ? Cet accès aux soins ayant été rallongé du fait de la fermeture de services de soins de proximité.

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